Chaque année, les travailleurs indépendants doivent transmettre leurs revenus professionnels pour deux usages distincts : le calcul de l’impôt sur le revenu et le calcul des cotisations sociales. Depuis 2021, ces deux volets sont regroupés dans une seule déclaration en ligne sur impots.gouv.fr. Le principe paraît simple, mais les rubriques à remplir varient selon le régime fiscal, le statut juridique et la nature des revenus perçus.
Revenu brut social : la nouvelle assiette qui change le calcul des cotisations
La réforme de l’assiette sociale, entrée en vigueur pour la déclaration des revenus 2025, modifie la façon dont l’Urssaf détermine la base de vos cotisations et contributions sociales. Auparavant, le revenu d’activité servait de point de départ après déduction des cotisations sociales obligatoires et de la CSG déductible. Ce mécanisme circulaire disparaît.
Désormais, un abattement forfaitaire remplace cette déduction. Pour les indépendants au régime réel, la liasse fiscale professionnelle fait apparaître une rubrique spécifique, le revenu brut social, que l’Urssaf utilise directement. Les indépendants au régime micro conservent leur abattement fiscal propre, appliqué sur le chiffre d’affaires.
La conséquence pratique : les cotisations dites contributives (retraite de base, retraite complémentaire) augmentent en proportion, tandis que la part CSG-CRDS diminue. Le montant global des prélèvements sociaux reste identique à ce qu’il était avant la réforme, mais la répartition change en faveur de droits individuels plus élevés, notamment pour la retraite.
Le guide détaillant la déclaration Urssaf et impôts à déclarer au fisc reprend l’ensemble des rubriques concernées par cette réforme selon chaque régime.

Régime micro ou régime réel : des rubriques fiscales et sociales différentes
Le contenu exact de la déclaration dépend du régime fiscal. Confondre les deux parcours génère des erreurs de montant qui se répercutent à la fois sur l’impôt et sur les cotisations.
Micro-BIC et micro-BNC
Au régime micro, la déclaration porte sur le chiffre d’affaires brut ou les recettes brutes. L’abattement forfaitaire pour frais et charges n’est pas à appliquer soi-même : l’administration fiscale et l’Urssaf l’appliquent chacune de leur côté pour déterminer le revenu net imposable et l’assiette sociale.
- En micro-BIC ventes, le chiffre d’affaires se déclare dans la rubrique 5KO ou 5LO, sans retrancher l’abattement de frais.
- En micro-BNC, les recettes brutes se déclarent dans la rubrique 5HQ ou 5IQ, là encore sans appliquer l’abattement.
- Les indemnités journalières maternité, paternité ou adoption versées par la CPAM ne doivent pas être incluses dans ces rubriques, car elles ne sont pas imposables dans ce cadre.
Régime réel BIC et BNC (déclaration contrôlée)
Au régime réel, la situation diffère. Les revenus déclarés dans le volet fiscal de la déclaration ne servent plus directement à l’Urssaf pour calculer les cotisations. C’est le revenu brut social figurant dans la liasse fiscale qui alimente le volet social.
Une tolérance administrative a permis aux comptables de continuer à utiliser le modèle de liasse de l’année précédente en attendant la mise à jour des formulaires. Vérifier que le revenu brut social apparaît bien dans la liasse reste une précaution à prendre avant de valider la déclaration.
Revenus de plateformes et activités annexes : ce qui est réellement imposable
Recevoir un récapitulatif annuel d’une plateforme en ligne ne signifie pas que la totalité des sommes affichées est imposable. Le fisc opère une distinction selon la nature de l’activité.
- La vente occasionnelle de biens personnels (vêtements, meubles, électroménager) n’est généralement pas imposable, sauf si elle dépasse certains seuils ou relève d’une activité habituelle.
- L’achat ou la fabrication de biens destinés à la revente constitue une activité commerciale imposable dès le premier euro.
- Le partage de frais dans le cadre d’un covoiturage sur un trajet personnel peut être exonéré, à condition que le conducteur ne tire pas de bénéfice au-delà du partage des coûts réels.
Les plateformes transmettent désormais les données de revenus à l’administration fiscale. Une somme transmise par une plateforme n’est pas automatiquement une somme imposable : c’est au contribuable de vérifier la nature de chaque flux avant de le reporter ou non dans sa déclaration.

Volet social de la déclaration unique : les revenus complémentaires à ne pas oublier
Le volet social de la déclaration ne se limite pas au revenu d’activité principal. Certains revenus complémentaires doivent y figurer pour que le calcul des cotisations soit exact.
Les revenus de remplacement déclarés dans les rubriques DSCZ ou DSDZ comprennent notamment l’allocation journalière du proche aidant (AJPA) versée par la CAF, ainsi que les indemnités journalières perçues dans le cadre d’un contrat Madelin, hors celles liées à une affection de longue durée.
Les sommes perçues au titre de l’intéressement, de la participation ou de l’abondement à un plan d’épargne retraite, lorsqu’elles sont exonérées d’impôt, se déclarent dans des rubriques spécifiques (DSPA/DSPB ou DSQA/DSQB selon le statut). Omettre ces montants fausse le calcul des cotisations sans nécessairement modifier l’impôt, ce qui peut entraîner une régularisation ultérieure.
Les auto-entrepreneurs ne sont pas concernés par la déclaration sociale et fiscale unifiée. Ils continuent de déclarer leur chiffre d’affaires directement auprès de l’Urssaf, selon une périodicité mensuelle ou trimestrielle, en parallèle de leur déclaration de revenus classique.
La déclaration unifiée se fait obligatoirement par voie dématérialisée. L’Urssaf et les Caisses générales de sécurité sociale (CGSS pour les DROM) restent les interlocuteurs pour la gestion et le paiement des cotisations, même si la saisie passe par le portail fiscal. Vérifier chaque rubrique en fonction de sa notice annuelle reste le moyen le plus fiable d’éviter les écarts entre le montant déclaré et le montant réellement dû.



